Après avoir mentionné l’histoire de la capitale alsacienne de l’Antiquité à 1648, voici la suite de son histoire à travers les âges…
Strasbourg, ville française
Lors des négociations des Traités de Westphalie en 1648, les Habsbourg perdirent au profit du Royaume de France leurs possessions héréditaires en Alsace du Sud (le Sundgau). Mais Strasbourg resta Ville Libre impériale. Le 28 septembre 1681, la ville fut assiégée par l’armée de Louis XIV et, deux jours plus tard, accepta la reddition et devint française pour la première fois de son histoire.

Louis XIV arrive à Strasbourg
Louis XIV fit abattre une partie des fortifications pour symboliser la réunion de Strasbourg à la France et rendit la cathédrale au seul culte catholique.
Les négociations entre Strasbourg et le Roi soleil aboutirent à la préservation de certaines libertés essentielles de l’ancienne Ville Libre, notamment sur les plans politique, administratif et religieux. Vauban fut mandaté pour construire un système de défense à la pointe de ce qu’il se faisait à l’époque (une grande partie de ces fortifications sont encore visibles aujourd’hui). En 1716, la ville adopta le système monétaire français et abrita une garnison française très nombreuse.
Strasbourg, devenue française 33 ans après la Haute-Alsace des Habsbourg (le Sundgau), se vit confier le titre de capitale d’une province, l’Alsace, qui n’avait jamais auparavant été unifiée. L’autre côté du Rhin étant resté autrichien (Offenburg et le Brisgau), Strasbourg se retrouva bordée d’une frontière et devint le principal point de passage pour rejoindre l’Allemagne.
En 1704, lorsqu’un prince de la famille Rohan devint évêque de la ville, la foi catholique connut un regain d’intérêt. Le Palais des Rohan, en face de la cathédrale, est le témoin de ce siècle faste et prospère pour Strasbourg. Mais la ville resta toutefois majoritairement fidèle au protestantisme

La façade du Palais des Rohan à Strasbourg © French Moments
L’université de Strasbourg connut aussi un certain développement et accueillit plusieurs étudiants venus d’Allemagne, des Pays-Bas et de Grande-Bretagne. Le plus célèbre d’entre eux fut Goethe, qui fut un grand admirateur de la cathédrale.
A la Révolution française, la prise de la Bastille le 14 juillet 1789 provoqua une onde de choc à Strasbourg lorsque les habitants saccagèrent l’hôtel de ville sept jours plus tard. Comme ailleurs en France, les biens du clergé furent confisqués. Mais la tension baissa rapidement jusqu’en 1792, année de déclaration de guerre de la France contre la Prusse et l’Autriche. Le 26 avril, le maire de Strasbourg, Frédéric de Dietrich, demanda à Rouget de L’Isle de composer un hymne à la gloire de l’armée du Rhin. Les volontaires venus de Marseille repartirent dans leur ville avec l’hymne et le firent connaître à travers la France. Le chant prit naturellement le nom de « La Marseillaise ».

Rouget de Lisle chantant la Marseillaise à Strasbourg
Si une pancarte sur le pont-frontière du Rhin affichait « Ici commence le pays de la liberté », la période de la Révolution, notamment celle de la Terreur ne fut pas si exaltante. Le maire De Dietrich fut guillotiné dès 1793 et les cultes catholiques et protestants interdits. La flèche de la cathédrale échappa à la destruction révolutionnaire et fut épargnée grâce à l’idée déguisée d’un Strasbourgeois de couvrir la pointe d’un immense bonnet phrygien à la gloire de la naissante République.
En 1797, l’armée française franchit le Rhin et occupa les villes allemandes voisines de Kehl et Offenburg. S’en suivit la construction d’un nouveau pont sur le Rhin et une réorganisation complète du territoire administratif par Napoléon.
Pendant l’Empire napoléonien, Strasbourg sembla retrouver une certaine stabilité lorsque commença la campagne de France en 1814. La ville fut assiégée pendant trois mois et il s’y développa une épidémie de typhus. En 1818, en même temps que sévissait une crise agricole, la tension entre catholiques et protestants montait dangereusement.
Avec la Révolution industrielle, la position de Strasbourg sur le Rhin lui permit de se développer grâce à l’aménagement de zones portuaires. Le canal de la Marne au Rhin, reliant Strasbourg à Paris via Nancy fut construit et la ligne de chemin de fer de Paris à Strasbourg inaugurée en 1847. Alors que Mulhouse, au Sud de l’Alsace, connaissait un véritable essor industriel (on la surnomma « la Manchester du Sud »), l’activité économique de Strasbourg fut tournée vers le commerce et la finance. Il y eut certes quelques industries strasbourgeoises spécialisées dans la production de la bière.

Strasbourg vers 1850
Strasbourg annexée à l’Allemagne
Mais le grand bouleversement que connut Strasbourg en 1681 lors de sa réunion à la France fut revécu en 1871, soit 190 ans plus tard, lors de la guerre franco-prussienne. La ville, après le siège de l’armée prussienne, capitula le 28 septembre sous le coup des bombardements d’artillerie et fut rattachée à l’Allemagne, par le Traité de Francfort.

La capitulation de Strasbourg en 1870 (Guerre Franco-Prussienne)
Strasbourg fut établie « capitale du Reichsland d’Alsace-Lorraine ». L’utilisation du mot ‘Lorraine’ est un abus de langage car les territoires lorrains annexés ne représentaient qu’un tiers de la région lorraine, c’est-à-dire l’actuel département de la Moselle avec Metz pour préfecture.
Les nouvelles autorités allemandes voulurent faire de Strasbourg une vitrine de leur puissance et tentèrent à plusieurs reprises de gagner le cœur de ses habitants traumatisés par l’issue de la guerre. Grâce à la volonté d’action des Prussiens et à un ambitieux plan d’aménagement urbain (la « Neustadt »), Strasbourg retrouva la voie de la prospérité. Une attention toute particulière fut donnée à l’hygiène : l’eau courante apparut en 1878, et les services de nettoyage des voiries en 1909.

Le Palais du Rhin, un des bâtiments les plus emblématiques du Quartier impérial allemand de Strasbourg
Alors que plusieurs alsaciens choisirent l’exil en France (vers Belfort, Nancy ou Paris) à la nationalité allemande en 1871, la ville ne cessa pas de s’étendre et gagna près de 100 000 habitants grâce à l’immigration de familles allemandes et à l’exode rural.
Strasbourg redevient française … et de nouveau allemande
La première guerre mondiale mit évidemment un terme à cette prospérité. Strasbourg ne fut cependant pas touchée par les combats, se trouvant elle-même à l’extérieur des zones de conflits de Verdun et de la Somme. La fin de la guerre et le Traité de Versailles confirmèrent le retour de la capitale alsacienne en France. Paradoxalement, le rattachement de Strasbourg (mais aussi de l’Alsace) à la France posa plusieurs problèmes, surtout d’adaptation. Les Strasbourgeois militèrent pour obtenir une certaine reconnaissance de leur statut local concernant l’administration et le dialecte alsacien. La vie culturelle fut en partie étouffée par la pression linguistique des autorités françaises face à la culture régionale.
Dans l’entre-deux guerres, la ville retrouva une certaine prospérité, toujours grâce à sa situation géopolitique : ville frontalière et emplacement du port fluvial sur le Rhin au statut international.
A partir du 3 septembre 1939, date de la déclaration de guerre par la France et le Royaume-Uni (les Alliés) à l’Allemagne nazie, le gouvernement français ordonna l’évacuation de la ville. Plus de 120 000 personnes quittèrent ainsi leur ville et se réfugièrent dans le Périgord, dans les Landes ou encore dans le Gers. Près des deux tiers rentrèrent en Alsace dès la signature de l’armistice entre l’Allemagne et la France vaincue, en août 1940. Toutefois, tout avait changé : les Allemands avaient annexé l’Alsace et l’avaient rattachée au Pays de Bade pour former le « Gau Oberrhein » avec Strasbourg pour capitale. Hitler avait mandaté (sans suite) son architecte Albert Speer pour la transformer en une grande métropole déployée de part et d’autre du Rhin.
Pour les occupants, il fallait « germaniser » l’Alsace en employant les grands moyens. Les Alsaciens furent considérés comme citoyens allemands (Volkdeutsche), l’utilisation du français fut interdite sous peine de sanctions, et l’allemand redevint langue obligatoire. Les noms des rues furent traduits et affichés en allemand. Quant aux jeunes Strasbourgeois, ils subirent le même sort que ceux du reste de l’Alsace et de Metz : l’enrôlement dans l’armée allemande fut obligatoire, et, comme on ne pouvait trop leur faire confiance, le commandement nazi les envoya sur le front russe et peu d’entre eux en revinrent sains et saufs. Ce tragique épisode de la guerre leur a donné le nom de « Malgré-nous ».

Plaque commémorative en hommage à la libération souhaitée de Strasbourg © French Moments
Les bombardements alliés sur la région strasbourgeoise commencèrent à partir de 1943 et abimèrent plusieurs monuments de la ville : la cathédrale, le Palais des Rohan et l’ancienne douane.
Strasbourg fut libéré le 23 novembre 1944 par Leclerc et les chars de la 2e D.B et le drapeau français flotta à nouveau au sommet de la cathédrale. La libération eut lieu bien avant celle de Colmar et du reste du Haut Rhin où les Allemands ne capitulèrent que le 9 février 1945.

Monument à Strasbourg honorant la mémoire du Général Leclerc © French Moments
Strasbourg, capitale de la réconciliation européenne
Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, l’heure fut à la reconstruction et à la réconciliation des peuples d’Europe.
Quatre ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, dix états européens (Belgique, Danemark, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède) signèrent au Palais Saint-James à Londres l’acte de naissance du Conseil de l’Europe, organisme intergouvernemental fondé sur les droits de l’Homme.
Depuis, les institutions européennes ont réussi à naviguer au cours des décennies et font parties, non seulement du paysage de Strasbourg, mais également de celui de l’Europe entière.

Drapeaux internationaux flottants à l’hôtel de Ville de Strasbourg © French Moments
Strasbourg à l’aube du 21e siècle
En 1988, la Grande Ile du centre Strasbourg et de la cathédrale furent ajoutées au prestigieux classement du patrimoine mondial de l’UNESCO, contribuant ainsi à la reconnaissance de son riche passé historique.

L’intégralité de la Grande Ile de Strasbourg a été classée au patrimoine mondiale de l’UNESCO en 1988 © French Moments
Après l’aménagement du populaire tramway futuriste en 1994, l’arrivée du très attendu TGV-Est-Européen fit de la capitale alsacienne une des villes les plus faciles d’accès du Nord-est de la France et du Rhin Supérieur.
Au début du 21e siècle, Strasbourg est devenue une ville à la fois moderne et ouverte, sans toutefois renier son patrimoine historique. Ville désormais sans frontière, les efforts de coopération avec les villes d’outre-Rhin (l’Eurodistrict avec Kehl, Offenburg, Lahr et Achern) en feront une métropole de premier rang dans la Rhénanie, avec près d’un million d’habitants.

Le Rhin séparant les villes de Strasbourg (France) et Kehl (Allemagne) © French Moments