La Statue de la Liberté, symbole de l’amitié franco-américaine

En 2011, la Statue de la Liberté a célébré son 125ème anniversaire à New York en grande pompe. Retour sur deux histoires d’amours avec la liberté et sur une amitié pluri centenaire entre deux peuples : les Américains et les Français.

La Statue de la Liberté à New York

Surplombant l’embouchure de l’Hudson au sud de Manhattan, à New York, la Statue de la Liberté, œuvre majeure du sculpteur alsacien Frédéric Auguste Bartholdi, illustre l’idée de liberté de l’american dream. C’est le peuple français, lui aussi défenseur de la liberté depuis sa Révolution en 1789, qui a fait cadeau au peuple américain de cette statue de « la Liberté éclairant le monde« , un nom qui évoque l’idéal d’universalité de la liberté du 18e siècle.

Ce « siècle des lumières » s’est achevé par  les luttes des peuples américain et français, qui ont obtenu leurs libertés respectives à 13 ans d’intervalle, en 1776 et en 1789. L’inauguration de la Statue de la Liberté, le 28 octobre 1886, célèbre l’amitié des deux peuples ainsi que leur vision commune de la liberté, caractérisée par une volonté de l’étendre au monde entier.

Édouard de Laboulaye, politicien et historien à qui l’on doit l’ouvrage Paris en Amérique, a évoqué le premier l’idée d’un présent que le peuple français offrirait au peuple américain à l’occasion du centenaire de la Déclaration d’Indépendance américaine, en 1876.

Édouard Laboulaye

C’est à Bartholdi qu’a été confiée la mission d’imaginer ce présent. Il aurait un jour déclaré à Édouard de Laboulaye :

« Je lutterai pour la liberté, j’en appellerai aux peuples libres. Je tâcherai de glorifier la république là-bas, en attendant que je la retrouve un jour chez nous. »

Né à Colmar (Alsace) le 2 août 1834 et décédé à Paris le 4 octobre 1904, Frédéric Auguste Bartholdi était un sculpteur engagé, qui mettait son art au service de l’idéal d’un peuple libre et fort.

Frédéric Auguste Bartholdi en 1898

Il a imaginé la Fontaine Bartholdi, inaugurée Place des Terreaux à Lyon en 1892, et a sculpté le gigantesque Lion de Belfort dans une falaise en 1889 pour commémorer la résistance héroïque du général Denfert-Rochereau à Belfort de 1870 à 1871.

Le Lion de Belfort par Frédéric Auguste Bartholdi © French Moments

Il a étudié l’architecture à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et la peinture auprès d’Ary Scheffer, rue Chaptal, dans la même ville. Mais c’est à Colmar qu’il a signé sa première œuvre en tant que sculpteur et architecte, en 1856 : un monument à la mémoire du général colmarien Jean Rapp, qui a acquis l’aura d’un héros en s’illustrant au combat dans l’armée de Napoléon, l’empereur des français.

Après avoir sculpté un premier modèle de « la Liberté éclairant le monde » en 1870, une pièce de 11,50 mètres en plâtre qu’il est possible d’admirer au musée des Beaux-Arts, le sculpteur alsacien a traversé l’atlantique pour inspecter l’île de Bedloe, qui deviendra l’île de la Liberté (Liberty Island) en accueillant la statue. Au cours de son séjour, il s’est efforcé de rallier des partisans à sa cause, et a exposé son projet au président américain Ulysse S. Grant. Il a confié au peuple américain la construction du socle sur lequel les Français assembleront leur présent.

D’abord prévue pour 1876, l’inauguration de la Statue de la Liberté n’a finalement eu lieu qu’en 1886 à cause de problèmes financiers.

En France, l’Union franco-américaine, fondée en 1874, s’est chargée de collecter des fonds et de promouvoir le projet de Bartholdi, par des articles de presse, des spectacles, des banquets, des taxations publiques, des loteries etc… Des milliers de particuliers, et plusieurs villes et organismes publiques ont fait des dons pour financer ce présent destiné au peuple américain, pour un montant dépassant 400 000 francs dès 1875. Seulement ce n’est qu’en 1880 que le million de francs nécessaire a été atteint. Aux États-Unis, les premières pages du journal New York World, plusieurs spectacles, expositions, ventes aux enchères et matchs de boxe professionnels ont permis de surmonter les difficultés financières rencontrées lors de la construction du socle. Enfin, la statue a elle aussi participé à son propre financement : l’exposition de sa main de plâtre, brisée en 1876, puis la révélation de sa tête à l’exposition universelle de Paris en 1878, ont aidé à récolter les fonds nécessaires au chantier.

La tête de la statue exposée à Paris

« La Liberté éclairant le monde » est représentée par une femme qui se tient debout, tournée vers la France, portant une robe ample et couronnée d’un diadème qui rappelle celui d’Hélios, le dieu du soleil, et dont les sept pointes symbolisent les 7 continents (ou les 7 océans). La tablette qu’elle tient près de son corps dans sa main gauche évoque la loi et le droit. On peut y lire la date de l’indépendance des États Unis : JULY IV MDCCLXXVI (Juillet 4 1776). Le flambeau qu’elle pointe vers le ciel rappelle les idées des Lumières. Au pied du socle, la liberté est symbolisée par des chaînes brisées.

Les sources d’inspirations de Bartholdi lorsqu’il a imaginé la Statue de la Liberté sont le sujet d’un débat passionné. Bien que le sculpteur ait toujours affirmé qu’il s’agissait d’une œuvre tout à fait originale, certains pensent qu’il avait repris les principales caractéristiques d’un de ses projets antérieurs, conçu pour le canal de Suez mais jamais retenu : un phare représentant la déesse Libertas (du panthéon romain), parée comme une paysanne égyptienne, et dont la lumière proviendrait d’un bandeau frontal et d’une torche pointée vers le ciel. De plus, il est possible de voir dans la Statue de la Liberté l’héritage du Colosse de Rhodes, une des sept merveilles du monde antique.

Le visage sévère de la statue, quant à lui, présente une forte ressemblance avec la mère de Bartholdi, Charlotte, dont il était très proche. Le sculpteur n’a jamais démenti cette théorie, bien qu’il soit aussi possible qu’il ait simplement réalisé une synthèse plus neutre de visages féminins.

C’est Gustave Eiffel qui a imaginé la structure d’acier qui soutient les feuilles de cuivre, et les feuilles d’or dans le cas de la flamme, que Bartholdi a travaillé « au repoussé« , c’est à dire de l’intérieur pour obtenir une forme à l’extérieur.

En 1884, des personnalités françaises telles que le Président Jules Grévy et l’écrivain Victor Hugo ont admiré la statue 25 rue de Chazelles (17e arrondissement, près du Parc Monceau), alors que ses dernières pièces venaient d’être achevées.

Le chantier de la Statue de la Liberté qui émerge des toits de Paris

En 1885, la statue a été démontée en 350 pièces disposées dans 214 caisses, à l’exception de son bras droit et de sa flamme qui étaient déjà aux États-Unis. La frégate française L’Isère embarqua ces caisses et 36 autres caisses contenant le matériel nécessaire à l’assemblage. Destination : l’île de Bedloe.

Le socle qui attendait la statue a été majoritairement construit avec la résistante pierre de Kersanton, importée de Bretagne, et son parement est composé de pierre d’Euville. Réputée pour sa blancheur et son faible niveau d’érosion à l’eau de mer, la pierre des carrières du petit village d’Euville, dans la Meuse, a aussi été utilisée lors de la construction de la Cathédrale de Toul et de la célèbre Place Stanislas à Nancy. Deux séries de poutres intégrées au cœur du socle étaient destinées à être directement reliées à la base du squelette métallique de la statue.

L'armature de la Statue en 1885

Le mortier de la dernière pierre du piédestal contient des pièces d’argent, jetées par les maçons, et un coffret de bronze contenant les cartes de visites, médailles et journaux des personnes ayant assisté à la cérémonie de clôture du chantier.

Le socle de la Statue attend Miss Liberty à New York

Quatre mois après le début de l’assemblage, la Statue de la Liberté éclairait le monde du haut de ses 92 mètres (de la base du socle à la pointe de la torche). Lors de son inauguration, elle éclairait ainsi le président américain Grover Cleveland, ses 600 invités et les milliers de spectateurs. Puis par la suite, elle a accueilli les millions d’immigrants qui ont transité par Ellis Island, et les millions de visiteurs qui l’admirent aujourd’hui. Elle éclairait d’abord au sens propre, puisque de 1886 à 1902 elle a fonctionné comme un phare, portant sa lumière jusqu’à 39 kilomètres au loin des côtes. Pour ce qui est de son rayonnement au sens figuré, la Statue de la Liberté est l’un des National Historic Landmarks américains (Points de Repère Historiques Nationaux) depuis 1924, et elle a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1984.

En France, plusieurs répliques relaient l’aura de la Statue de la Liberté.

La plus connue a été offerte au peuple français par les Français résidents aux États-Unis, 100 ans après la Révolution française de 1789. Sur sa tablette, une inscription à la signification explicite : IV JUILLET 1776 = XIV JUILLET 1789 (indépendance des Etats Unis = Révolution française). Elle a été coulée en bronze à partir du modèle de plâtre de Bartholdi, et mesure donc 11m50. Placée non loin de l’ancien atelier parisien de Bartholdi, sur l’île aux Cygnes, près du pont de Grenelle, elle a d’abord été orientée de façon à faire face à l’Elysée. Mais, à la demande de Bartholdi, elle a été tournée en direction de sa grande sœur New Yorkaise.

Le site de la Statue de la Liberté sur l’île des Cygnes à Paris (vue de la Tour Eiffel) © French Moments

Bartholdi avait aussi réalisé une réplique en bronze qui lui a servi de modèle pour la construction de la statue américaine. Il l’a offerte au Musée du Luxembourg en 1900. Depuis 1906, elle trône dans le jardin du même nom. Sur sa tablette, comme une inattendue mise en abyme, on lit la date d’inauguration de la statue du pont de Grenelle : « 15 de novembre 1889 ».

La copie de la Statue de la Liberté dans les jardins du Luxembourg à Paris © French Moments

Plus grande, mais d’un matériau moins noble, la copie en polyester de 13,50 cm qui a été utilisée dans le film de 1969 de Gérard Oury, Le Cerveau,  a été sauvée de sa destruction par l’action conjointe de Paul Belmondo (un sculpteur, le père de l’acteur Jean-Paul Belmondo), du maire de Barentin et de Gérard Oury. Elle est aujourd’hui exposée à dans la petite ville de Barentin, en Haute-Normandie.

Plus récente, mais tout aussi importante, la réplique que vous pouvez admirer à Colmar mesure 12 mètres et a été placée à l’entrée nord de la ville en 2004, à l’occasion du centenaire de la mort du sculpteur de la Statue de la Liberté. Elle est la plus grande copie authentique de la « Liberté éclairant le monde » (la copie de polyester de Barentin ne remplit pas les critères d’authenticité).

La Statue de la Liberté trône au centre d’un rond-point au nord de Colmar © French Moments

Dans la ville natale de Bartholdi il est aussi possible de visiter le Musée Bartholdi. La demeure du sculpteur a été léguée à la ville de Colmar par sa veuve, décédée en 1914. C’est dans ce vaste hôtel particulier de la rue de Marchands qu’a été inauguré, en 1922, un musée dédié à la vie et à l’œuvre de l’artiste. Y sont exposées des ébauches, des maquettes, des sculptures, des dessins, des photographies, des peintures, des gravures et des objets d’art, la plupart issus de son atelier parisien de la rue d’Assas. Le Musée Bartholdi a pour but la préservation et la transmission de la mémoire de l’homme qui assuma la tâche extraordinaire d’offrir la Statue de la Liberté au peuple américain, de la part du peuple français.

La cour intérieure du Musée Bartholdi à Colmar © French Moments

Pour en savoir plus, nous vous invitons à visiter le Musée Bartholdi, à Colmar ou bien sur son site internet : http://www.musee-bartholdi.com/musee/index2.php.

Cet article est traduit en anglais sur notre site web avec de nouvelles illustrations du site de construction à Paris : http://frenchmoments.com/Statue_of_Liberty.html.

Si vous êtes Américain(e) et souhaitez apprendre le français dans la région de Colmar, sachez que French Moments organise un cours intensif de français à Kaysersberg du 24 septembre au 5 octobre 2012. Ces deux semaines de cours dans la petite ville alsacienne, située à 10 km de Colmar, seront une parfaite opportunité de découvrir la région natale de Bartholdi, le sculpteur de la Statue de la Liberté ! Pour plus d’informations, cliquez ici.

© French Moments

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