Notre étude de la vie des femmes au Moyen Age

Avec mon étudiant Ian, nous découvrons plusieurs thèmes médiévaux depuis plus d’un an dans le cadre de nos leçons de français à Mosman, en Australie. Après avoir étudié les métiers du Moyen Age, nous avons suivi pendant plusieurs mois le thème passionnant de la vie des femmes au Moyen Age, tout en lisant le livre de Sophie Cassagnes-Brouquet au titre éponyme.

Mercredi prochain, nous terminerons la lecture des dernières pages du livre, après avoir beaucoup appris sur la réalité de la condition féminine à l’époque des châteaux-forts et des preux chevaliers.

Dans ce livre, l’on apprend davantage sur le sort de la femme, depuis la petite fille jusqu’à la veuve, ainsi que sur ses conditions sociales : sa place dans la famille, les rapports au sein du couple, la sexualité et le rôle primordial de la maternité.

Nous avons appris l’existence de femmes actives, travaillant aussi bien à la ville qu’à la campagne, des femmes d’argent et de pouvoir, des intellectuelles et des religieuses, mais aussi des exclues et des marginales comme Hildegarde de Bingen, Christine de Pizan, ou Aliénor d’Aquitaine.

Loin d’être oubliées, ces femmes réelles et ces femmes fantasmées (comme Mélusine, Iseult ou Guenièvre), sont au cœur du discours du Moyen Âge, entre louange et misogynie.

Voici quelques passages choisis du livre qui nous ont interpellés :

« Dans Le Jeu de la feuillée, vers 1286, le trouvère artésien Adam de la Halle fait le portrait de la femme idéale, […] blanche et vermeille, ses cheveux blonds, ondulés, son front bien proportionné, blanc, lisse et dégagé, ses sourcils fins, ses yeux vifs et noirs, son nez fin et droit, ses joues rondes, sa bouche charnue et vermeille, ses dents éclatantes, les bras minces, ses doigts longs, ses ongles roses, ses seins hauts, son ventre saillant, ses hanches étroites et ses chevilles fines » (pages 39-40).

« Si la vieille femme est considérée comme le symbole de la laideur, le corps de la jeune fille est associée à la pureté et à la blancheur de l’innocence et l’objet de toutes les mises en garde. La beauté féminine, tantôt redoutée, est un objet de fantasmes pour les clercs comme pour les laïcs » (page 39)

« De nombreuses vies de moines, en particulier celles de Saint Antoine et de Saint Benoît, reprennent le topos du diable déguisé en jeune fille afin de mettre à l’épreuve le saint homme. La jeune fille aux longs cheveux, la sirène sont les symboles de ces démons succubes qui s’incarnent dans un corps féminin pour faire chuter les plus vertueux » (page 54).

« Si la jeune femme est une tentatrice, la vieille sale et répugnante incarne la sorcière et le visage de la mort. Avec la ménopause, elle ne peut plus évacuer les humeurs dangereuses que produit son corps, elle les garde en elle et devient aussi nocive que le poison le plus violent » (page 58).

Nous avons été frappés par le cruel destin des recluses :

« La recluse est une femme qui s’enferme à vie dans une petite cellule murée, le reclusoir. Elles sont nombreuses dans toutes les villes médiévales. Vers 1230, Rome ne compte pas moins de deux cent soixante recluses. Cette situation, qui peut nous sembler terrible, résulte d’un choix volontaire, mais irréversible. La candidate à la réclusion est interrogée par l’évêque qui l’autorise à s’enfermer vivante et accomplit le rite qui met fin à sa vie sociale. Elle assiste à ses propres funérailles devant le clergé et le peuple, avec messe de requiem et extrême-onction, puis est enfermée solennellement. Pour bien signifier cette mort symbolique, une tombe est creusée à l’intérieur du reclusoir. La porte est définitivement fermée, la serrure cachetée à la cire ou cimentée à l’extérieur. La recluse ne peut communiquer avec l’extérieur que par une petite fenêtre par où on lui passe le nécessaire. Elle est totalement dépendante ; si on l’oublie elle meurt de faim, de soif, ou de froid… » (page 105).

Mais ce qui nous a surpris le plus, ce sont les différents rapports sociaux qui existaient entre les hommes et les femmes et surtout certains traits descriptifs misogynes décrits dans le livre qui sont parfois encore d’actualité : on accuse la femme d’être bavarde, criarde, querelleuse, insensée, désobéissante et rebelle. L’homme doit se méfier de sa femme car elle est capable de semer le trouble dans son ménage, et de surcroît dans la vie de l’église. Dans Il Reggimento, l’humaniste Francesco da Barberini a consigné quelques recommandations aux femmes, souvent associées à des pratiques stéréotypées négatives :

« Si tu deviens boulangère, chasse de ta boulangerie les bavardages pervers et ne laisse pas les servantes combiner des alliances contre leur maîtresse. […] Si tu tiens auberge ou taverne, vends les choses non ta personne, car si tu as (la chance) de quelque beauté, ne la compte pas dans les denrées (à vendre). A qui vient à ton auberge, ne saisis pas ses biens en usant de flatterie, ne le retiens pas et ne lui fais pas quitter son chemin, ne vends pas des plats réchauffés, ni de viande avariée au lieu de bonne viande » (page 89).

Si comme nous, vous aimeriez en savoir plus sur ce sujet passionnant de la vie des femmes au Moyen Age, procurez-vous le livre « La vie des femmes au Moyen Age » de Sophie Cassagnes-Brouquet sur Amazon.fr, sur Alapage.fr ou sur Fnac.fr. L’ISBN est 978-2-7373-4642-2

Bonne lecture !

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