Visite au château du Haut-Kœnigsbourg, Alsace

Aujourd’hui lundi 12 septembre, nous avons parcouru une partie de la Route des Vins d’Alsace, un des itinéraires touristiques les plus populaires et fréquentés de France. Une de nos étapes était la visite du Haut-Kœnigsbourg, un majestueux château-fort dominant la Plaine d’Alsace. C’était pour nous une « visite de repérage » pour notre futur cours intensif de français à Kaysersberg en 2012. Et après une visite intérieure du château, nous pouvons vous dire que c’est un « must » pour nos étudiants. Nous sommes maintenant impatients de leur faire découvrir ce monument l’année prochaine ! Voici ci-dessous un aperçu historique du château.

Château du Haut-Kœnigsbourg © French Moments

Dominant la Plaine d’Alsace à 757 mètres d’altitude, le château du Haut-Kœnigsbourg surprend par son imposante structure de grès rose. Idéalement situé, au cœur de la Route des Vins d’Alsace serpentant à ses pieds, le château-fort offre à ses visiteurs une vue panoramique sur la Plaine d’Alsace, la Forêt-Noire et par temps clair, les Alpes suisses.
Sa position stratégique lui a valu d’être le témoin des conflits européens impliquant seigneurs locaux, rois et empereurs tels les Hohenstaufen, les Habsbourg et les Hohenzollern.
La forteresse actuelle est une reconstruction bâtie sur les ruines d’un château médiéval démantelé en 1462. Reconstruit au cours du même siècle, le château fut ruiné à la suite d’un incendie provoqué par les Suédois. En 1865, la ville de Sélestat en a acquis les ruines avant sa complète rénovation voulue par l’empereur de Prusse Guillaume II.
Ce haut-lieu du tourisme alsacien accueille plus de 500,000 visiteurs par an, dont plus de 40% d’étrangers.

Château du Haut-Kœnigsbourg © French Moments

L’histoire du château du Haut-Kœnigsbourg

Le château a été construit au 12e siècle par les Hohenstaufen, il a été mentionné pour la première fois en 1147 sous le nom de Staufenberg. Sa situation stratégique au-dessus de la Plaine d’Alsace permit à ses occupants d’observer les principales routes de la région et aussi d’être utilisé comme un point de repli stratégique. En 1192, le château changea de nom et fut nommé « Kœnigsbourg », signifiant château royal en dialecte allemand.
Devenu un repère de chevaliers brigands, le château est conquis et incendié en 1462 par une coalition regroupant les villes de Colmar, Strasbourg et Bâle. La même année, les Habsbourg confièrent la place-forte à la dynastie locale des Tierstein qui le rénovèrent. Un nouveau système défensif fut intégré pour lui permettre de résister aux tirs d’artillerie. Le château connait donc une période d’apogée, d’où son nom : Hohkœnigsbourg (« Hoh » signifiant « haut »).

Château du Haut-Kœnigsbourg © French Moments

Toutefois, lors de la guerre de Trente Ans, l’artillerie suédoise a eu raison du château qui fut pillé puis incendié en 1633. Le Haut-Kœnigsbourg fut dès lors laissé à l’abandon pendant deux siècles.
En 1862, un regain d’intérêt pour le château lui permit d’être classé Monument historique. Trois ans plus tard, la ville voisine de Sélestat racheta le domaine avec l’objectif de le reconstruire. Mais le projet s’avéra trop cher pour la ville, qui abandonna l’ambitieux programme. En 1871, le château et ainsi que toute l’Alsace furent annexés par la Prusse et Sélestat offrit ses belles ruines à l’empereur Guillaume II en 1899.
Pour l’empereur, ce cadeau fut une occasion rêvée pour servir son plan de germaniser l’Alsace et légitimer l’appartenance de la région à la grande nation allemande. Afin de marquer symboliquement la frontière ouest de son empire, Guillaume II décida d’entreprendre une complète restauration du Haut-Kœnigsbourg. Cette ambition personnelle de l’Empereur ne s’arrêta pas au château mais également aux villes de Strasbourg et Metz où les Allemands construisirent de remarquables quartiers impériaux.
L’empereur Guillaume II chargea l’architecte Bod Ebhardt (un spécialiste d’architecture féodale) de restaurer le château. Ce dernier s’appuya sur des principes scientifiques rigoureux. Pour ce faire, il recueillit d’importantes informations sur les vestiges archéologiques du lieu grâce aux archives et analysa l’architecture locale.

Château du Haut-Kœnigsbourg © French Moments

Les travaux durèrent de 1900 à 1908 et l’empereur lui-même visita le chantier tous les ans. Il n’était pas question pour l’empereur d’y résider, mais plutôt de consolider l’ancienne ruine. L’époque des chevaliers devait être rétablie dans le château et un musée médiéval fondé dans le logis. Dès le début, le nouveau château se devait d’accueillir les visiteurs pour devenir un haut-lieu du tourisme en Alsace.
Cet imposant chantier fit écho à celui mené dans les années 1860 à Pierrefonds. Cette restauration française, dirigée par l’architecte Viollet-le-Duc, sous l’impulsion de Napoléon III, fut également raillée et critiquée.

Qui était Guillaume II ?
De son vrai nom Friedrich Wilhelm Viktor Albrecht von Hohenzollern, Guillaume II était le dernier empereur allemand et le dernier roi de Prusse. Né en 1859, il a commencé à régner en 1888. Durant son règne, l’Allemagne a connu une révolution industrielle et un militarisme exacerbé qui transformèrent le pays en un grand pays moderne et dynamique, une nouvelle puissance industrielle. Sa politique étrangère agressive le met en confrontation avec les intérêts du Royaume-Uni et la France et rapproche le pays de l’Autriche et de l’Italie. En 1914, il déclare la guerre à la France et au Royaume-Uni, déclenchant la Première Guerre Mondiale.

Guillaume II était passionné par le Moyen Age et l’époque des chevaliers, d’où son ambitieuse restauration du Haut-Kœnigsbourg.

A l’instar du château de Marienburg (Malbork, Pologne), qui marquait les limites orientales de son empire, le Haut-Kœnigsbourg restauré mêla les symboles de Guillaume II à ceux d’autres empereurs germaniques illustres tels Charles Quint (voir les armoiries sur le portail d’honneur).

Pour Bodo Ebhart, la restauration du Haut-Kœnigsbourg devait rester fidèle au passé. S’appuyant sur des principes architecturaux respectueux de l’époque médiévale, le jeune architecte berlinois analysa avec une grande précision de nombreux textes d’archives et réalisa des recherches intensives sur le site même du Haut-Kœnigsbourg. Les fondations et les pans de mur encore debout furent conservés et permirent à Ebhart d’identifier les différentes parties du château et de recréer des décors crédibles afin de restaurer les ruines de manière vraisemblable.

Château du Haut-Kœnigsbourg © French Moments

Le choix de l’Empereur pour Ebhardt ne fit pas l’unanimité au sein de la communauté scientifique et les critiques ne tardèrent pas à fuser, ses détracteurs estimant qu’une rénovation risquait de dénaturer la valeur historique du site. Mais ce fut le donjon qui essuya les plus vives polémiques. L’architecte le restitua, avec raison, de forme carrée et ce choix fut grandement attaqué par les opposants au projet qui estimèrent qu’il était rond. Bien entendu, les adversaires de la restauration décriaient l’ambitieuse entreprise pour montrer leur ressentiment contre le symbole politique de l’Empereur en Alsace. Le donjon fut le premier élément du château restauré. Il devait symboliser le pouvoir du nouveau propriétaire, à savoir l’Empereur. L’aigle impérial est fixé à son sommet en 1906.
Deux ans plus tard, le château restauré fut enfin inauguré en présence de l’Empereur et de nombreux officiels.
Un grand défilé historique avec plus de 500 figurants en costume d’époque fut organisé lors de l’inauguration le 13 mai 1908, évoquant la prise du château par les Sickingen en 1533. Une partie de la presse alsacienne et internationale se moquèrent de la cérémonie qui se voulait grandiose… mais qui s’est déroulée sous la pluie !
En 1936, Jean Renoir y tourna le film « La Grande Illusion ».
Après la Première Guerre Mondiale, le château devint français et fut épargné pendant la Seconde Guerre Mondiale. Classé monument historique depuis 1993, le château-fort fut acquis par le Conseil Général du Bas-Rhin en 2007 et il est aujourd’hui reconnu comme étant l’un des châteaux les plus populaires et les plus visités de France.

Le chantier de la restauration du Haut-Kœnigsbourg
La rapidité avec laquelle le chantier s’est déroulé est due à la modernité des techniques employées : une station de pompage actionnée par un moteur à essence, une petite locomotive à vapeur pour transporter les pierres de la proche carrière au chantier, une broyeuse à grès actionnée par un moteur à vapeur, des grues mécaniques électrifiées. Ainsi, l’on rapporta que le chantier du château au sommet de la montagne était éclairé à l’électricité alors que les villages à son pied ne le seraient pas avant la fin de la Première Guerre Mondiale !

La décoration et l’ameublement du château ont été enrichis grâce à une société fondée en 1904 : le Hohkönigsburgverein (« Société du Haut-Koenigsbourg » en allemand). Regroupant à la fois professeurs d’université, architectes et archéologues, la société – forte de 400 membres – était chargée de rapporter au château toute une collection d’objets rhénans (armes, mobilier, tapisseries…). Datant de la fin du Moyen Age et de la Renaissance, ces pièces de collection provenaient d’Alsace, de Lorraine, de Suisse et du Tyrol. Toutefois, une partie des travaux de finition et de décoration intérieure ne furent pas terminés pour l’inauguration de 1908 et continuèrent jusqu’à la Première Guerre Mondiale. La guerre ne permit pas l’achèvement de certains projets tels la décoration de la chambre « dorée » du donjon qui fut laissée à l’état brut.
L’autre mission de cette société était d’assurer la promotion touristique du château, notamment en instaurant une tarification d’entrée.

Château du Haut-Kœnigsbourg – restauration en 2011 ! © French Moments

La visite du château
Construit à 750 mètres au-dessus de la plaine rhénane, le château du Haut-Kœnigsbourg épouse la forme de l’éperon rocheux sur lequel il a été bâti. Les murs d’enceinte entourent la forteresse sur 270 m de long et 40 m de largeur.
Le visiteur aborde le château par la cour basse, comprenant quelques bâtiments tels qu’une auberge, une fontaine et une forge. Puis quelques marches mènent au pont-levis. Une fois celui-ci franchi, on découvre la cour intérieure. Un escalier hexagonal du début du 20e siècle dessert l’étage et les habitations du château. Enfin, le château est dominé par un donjon carré au toit de cuivre verdâtre, culminant à 62 m.
A l’ouest, passé le Jardin supérieur, un deuxième pont-levis mène au grand bastion. Ce bâtiment médiéval défensif est flanqué de deux tours avec vue sur la plaine d’Alsace et les Vosges.
Au premier étage du logis se trouvent le logis nord (avec des salles en enfilade décorées de lambris) et le logis sud (salle des trophées et salle d’armes abritant une collection d’armes blanches de la fin du Moyen Age).
Le deuxième étage comprend la chambre et l’antichambre de l’impératrice, la chambre Lorraine ainsi que la salle du Kaiser. Dans cette dernière, on remarquera les fresques du début du 19e siècle, l’aigle impérial et la devise prussienne sur la voûte. On y trouve également les armoiries des Hohenzollern.

Château du Haut-Kœnigsbourg © French Moments

Entièrement clos, le jardin médiéval du château du Haut-Kœnigsbourg a été dessiné à partir de textes et gravures médiévales. Situé à l’extérieur du château, il est composé de carrés aux bordures de bois tressé. Le jardin médiéval était un jardin « utile » où l’on trouvait de quoi se nourrir, se soigner ou teindre les tissus. Vers la fin du Moyen Age, il est devenu un jardin de plaisirs avec des espaces ombragés et des rosiers invitant à la flânerie.

Le château du Haut-Kœnigsbourg est situé à 26 km au nord de Colmar, 55 km au sud de Strasbourg et 12 km à l’ouest de Sélestat.
Le château est ouvert toute l’année, tous les jours, à l’exception des 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.
Pour en savoir plus sur les conditions de visite du Haut-Kœnigsbourg, rendez-vous sur le site web officiel du château : http://www.haut-koenigsbourg.fr/.

Cette page existe aussi en anglais ici.

Château du Haut-Kœnigsbourg vu de Saint-Hyppolite © French Moments

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7 réponses à Visite au château du Haut-Kœnigsbourg, Alsace

  1. Ian dit :

    On peut imaginer que le harcèlement des voyageurs sur la plaine est très simple pour les chevaliers du Haut-Kœnigsbourg !
    Tes images sont époustouflantes !

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  3. Ping : Hunawihr, un des plus beaux villages de France | French Moments Blog

  4. jean françoise dit :

    bonjour, cette semaine ns avons pû visiter le chateau et il faisait super beau c etait vraiment une visite qui nous a beaucoup intéressée il est superbe le grés rose lui donne un « air » joyeux par contre nous étions un peu déçu qu’il y ai des travaux et certaines pièces non accessibles mais pour le conserver il faut en passer par là nous y retournerons nous sommes enchanté de notre visite a bientôt

    • French Moments dit :

      Merci de votre commentaire ! C’est vrai que certaines pièces ne sont pas ouvertes au public. Pour notre part, nous aurions aimé grimper au donjon et admirer la vue sur la plaine de là-haut… qui sait, un jour ce sera peut-être possible ! Bonne journée à vous.

  5. tatiana dit :

    super comme article :)
    bien expliquer et super pour les exposé

  6. Ping : Des sentiers alsaciens au patrimoine viticole - Checkin

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